Sauvé d'un laboratoire, un Beagle découvre l'herbe pour la première fois

Par Alice Blanchard -

Quatre pattes hésitantes sur l'herbe fraîche. Une truffe qui renifle l'air frais pour la première fois. Un corps qui tremble, oscillant entre la peur et l'excitation. C'est l'évidence, une fois diffusée, cette vidéo est devenue virale sur la Toile. Les internautes ont ainsi découvert le long parcours du combattant de ce Beagle.

Sauvé d'un laboratoire, un Beagle découvre l'herbe pour la première fois

Derrière ces images bouleversantes se cache un constat effrayant. En France, entre 3 000 et 4 000 Beagles sont utilisés chaque année pour l'expérimentation animale. Hélas, presque aucun ne survit.

Pourquoi le Beagle est-il la victime désignée ?

De l'avis d'André Ménache, vétérinaire et conseiller scientifique de l'organisation Antidote Europe, "Cette race de chien affectueuse et docile. Donc, les chercheurs peuvent lui faire presque n'importe quoi. Le chien va presque toujours leur lécher la main."

Par amour et confiance envers l'humain, le Beagle accepte de subir des procédures que d'autres chiens refuseraient. Sa douceur le place hélas dans la cible privilégiée des laboratoires. Il ne mord pas, ne grogne pas et ne résiste pas. Il endure en pensant que l'humain ne lui veut pas de mal. Ironie du sort, il fait partie des des 12 chiens les plus robustes.

En France, entre 3 et 4 millions d'animaux sont utilisés chaque année à des fins scientifiques, dont 85 % de rongeurs. Parmi les autres, on trouve environ 12 000 cochons, 3 000 à 4 000 singes et 3 000 à 4 000 chiens, dont la majorité sont des Beagles.

Ce qu'on leur fait subir (souvent pour rien)

La réglementation classe les procédures en trois niveaux de souffrance. Le gavage avec des médicaments et des produits chimiques est considéré comme une procédure "légère." Une sonde est enfoncée directement dans l'estomac du chien, sans anesthésie. A hauteur de plusieurs fois par jour, les tests durent souvent jusqu'à trois mois.

Les procédures modérées incluent des transplantations d'organes, suivies de mois de survie forcée dans la souffrance.

Les procédures sévères peuvent entraîner la mort. Infection des membranes du cerveau, méningite provoquée, agonie seul dans une cage. Y compris le weekend, quand le personnel n'est pas présent pour euthanasier l'animal.

À la fin de l'étude, presque tous les Beagles sont tués afin que leurs organes soient examinés pour détecter les effets secondaires du médicament testé. Les adoptions en fin d'étude sont extrêmement rares. En effet, la plupart des laboratoires préfèrent euthanasier les animaux.

Un lueur d'espoir

Située en dans un parc de 10 hectares, l'association Beagles of Burgundy se consacre à garantir une vie descente aux Beagles rescapés. Du reste, à la fin de protocole expérimental, ces derniers sont souvent récupérés en piteux état.

En 2004, après avoir appris l'ampleur de l'industrie de l'expérimentation animale, Virginie Mouseler a décidé d'agir. Depuis la fondation de la Maison des Beagles Libres, les choses évoluent. Les membres de l'association ont plusieurs missions tels que soigner, encourager, aider à découvrir et à apprendre. Beaucoup de chiens arrivent terrifiés, incapables de marcher sur l'herbe ou de comprendre qu'ils peuvent courir librement. Certains ignorent ce qu'est un jouet. D'autres paniquent au contact d'un humain qui ne porte pas de blouse blanche.

Progressivement, ces Beagles retrouvent confiance. Ils découvrent le plaisir de courir, de jouer, de recevoir des caresses sans qu'elles soient suivies d'une injection ou d'une procédure douloureuse. Quand ils sont prêts, l'association cherche des familles d'adoption ou des refuges capables de les protéger et de les aimer pour toujours.

Pourquoi ces tests perdurent-ils ?

Malgré la loi de 2021 sur la maltraitance animale, les tests sur animaux permettent à l'industrie pharmaceutique d'obtenir une autorisation de mise sur le marché beaucoup plus vite que si elle utilisait uniquement des tests basés sur du matériel humain (cultures cellulaires humaines, technologies in vitro, etc.). En effet, avant de passer aux essais cliniques, la réglementation impose des tests sur deux espèces animales : un rongeur et un non-rongeur.

80 ans après cette règle, la science a fort heureusement évolué. Nous disposons de technologies plus efficaces, mais la réglementation reste bloquée. Pire encore, les résultats obtenus sur les animaux ne correspondent souvent pas à ceux obtenus sur l'humain. De surcroit, nous ne réagissons pas de la même manière aux mêmes substances.

Vous l'avez compris, la route est encore longue pour arriver à éradiquer cet affreux phénomène. Cependant, grâce à la mobilisation de tous, d'autres Beagles peuvent retrouver le chemin des jours heureux.