Dans ce pays, on vend plus de poussettes pour chiens que pour enfants !
En Corée du Sud, les poussettes pour chiens se vendent désormais davantage que celles pour bébés, un symbole frappant des mutations sociales en cours. Derrière cette image surprenante se cache une transformation profonde de notre rapport aux animaux… et à la famille.
Une société sud-coréenne en pleine mutation
La Corée du Sud est aujourd’hui l’un des pays au taux de natalité le plus bas au monde. Les jeunes générations retardent ou renoncent à avoir des enfants, souvent pour des raisons économiques, professionnelles ou personnelles.
Dans ce contexte, les animaux de compagnie occupent une place grandissante. Ils deviennent des compagnons de vie, parfois considérés comme des membres à part entière du foyer.
En Corée du Sud, 57% des poussettes vendues sont pour les chiens contre 43% pour les nourrissons. Un marché révélateur d'une tendance en pleine expansion, où les accessoires premium séduisent une clientèle urbaine et connectée.
Les poussettes pour chiens répondent aussi à un mode de vie très citadin : forte densité, longues distances à pied, transports en commun… Elles permettent de déplacer facilement un animal dans des environnements peu adaptés.
Une tendance mondiale portée par les nouvelles générations
Si le phénomène est particulièrement visible en Corée du Sud, il s’inscrit dans une dynamique globale. En Europe, aux États-Unis ou encore au Japon, les animaux de compagnie prennent une place croissante dans les foyers.
Les millennials et la génération Z investissent davantage dans le bien-être de leurs animaux. Ils dépensent pour des accessoires, des soins ou des services autrefois réservés aux humains. En France, le marché des animaux de compagnie connaît une croissance continue, avec plusieurs milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel, tiré notamment par les accessoires et produits de confort. Ainsi, selon la BPI, "en 2023, le nombre d'animaux de compagnie en France a atteint 75 millions, et les dépenses consacrées à leur bien-être ont dépassé les 6,4 milliards d'euros.
Les poussettes pour chiens, encore marginales il y a quelques années, commencent ainsi à apparaître dans les rues françaises. Elles séduisent particulièrement dans les grandes villes, où les contraintes urbaines rendent leur usage plus pertinent.
Un accessoire utile… dans certaines situations
Derrière l’aspect parfois jugé “excessif”, la poussette pour chien peut répondre à de vrais besoins. Elle est particulièrement adaptée aux animaux âgés, malades ou en convalescence, qui ne peuvent plus marcher longtemps.
Elle peut aussi être utile pour les très petits chiens, sensibles à la fatigue ou aux fortes chaleurs, ou encore dans des environnements très fréquentés où le sol peut être dangereux (verre, pollution, foule). Dans ces cas précis, la poussette devient un outil de protection et de confort, contribuant réellement au bien-être de l’animal.
Utilisée de manière ponctuelle et adaptée, elle peut donc avoir une fonction positive, à condition de respecter les capacités physiques du chien.
Attention à l’anthropomorphisme et aux besoins réels
C’est sur ce point que le débat se concentre. Car si la poussette peut être utile, elle peut aussi devenir problématique lorsqu’elle remplace systématiquement la marche. Un chien a besoin de se dépenser, d’explorer, de sentir son environnement : c’est essentiel à son équilibre physique et mental.
Le risque est de projeter sur l’animal des besoins humains, en le traitant comme un bébé. Or, un chien n’a pas besoin d’être transporté en permanence, mais de bouger, interagir et stimuler ses sens. Une utilisation excessive de la poussette peut entraîner un manque d’exercice, voire des troubles du comportement liés à l’ennui ou à la frustration.
L’enjeu est donc de trouver un équilibre. Oui, certains accessoires issus de cette “humanisation” peuvent améliorer le quotidien des animaux. Mais ils doivent rester des outils au service de leurs besoins, et non l’inverse.
Finalement, cette tendance révèle autant notre attachement grandissant aux animaux que le risque de mal interpréter leurs besoins. Les considérer comme des membres de la famille est une évolution positive… à condition de ne pas oublier qu’ils restent, avant tout, des animaux.