Chiens influenceurs : stars des réseaux ou otages du like ?
Malcolm the Akita, Sons Wolf Pack, StyleTo — en France comme ailleurs, les comptes dédiés aux chiens se multiplient, et certains atteignent des audiences que bien des humains leur envieraient. Leo Leclerc, le teckel du pilote Charles Leclerc, cumule plus de 130 000 abonnés sur Instagram. Derrière les oreilles soyeuses et les regards attendrissants, une question mérite d'être posée : qui profite vraiment de cette visibilité ?
Un phénomène qui ne se résume pas à la mignonnerie
Les chiens « influenceurs » ne sont pas nés d'hier. Mais l'industrialisation du format — vidéos courtes, réels, contenus sponsorisés — a changé l'échelle du phénomène. Un compte bien géré peut générer des revenus publicitaires significatifs, des partenariats avec des marques d'alimentation, d'accessoires ou de cosmétiques pour animaux et une notoriété qui rejaillit directement sur le propriétaire.
Ce modèle économique n'est pas illégitime en soi. Mais il crée une incitation structurelle à produire du contenu en quantité, à exposer l'animal à des situations photogéniques, à le solliciter régulièrement — indépendamment de son état du moment.
Ce que les images ne montrent pas
Un chien habillé en costume pour un mariage, un akita sagement assis face au du coucher de soleil, un husky filmé en train de « chanter » : ces images font fondre les internautes. Elles ne disent rien, en revanche, de ce qui s'est passé avant et après le cliché.
Les comportementalistes le rappellent régulièrement : le stress chez le chien ne se lit pas toujours à l'œil nu, surtout sur une image fixe ou une vidéo de quelques secondes. Un chien immobile, « sage », peut être un chien inhibé par l'anxiété. Un chien qui « sourit » sur commande peut être un chien en état de soumission. Les signaux de mal-être — léchage de truffe, regard fuyant, oreilles plaquées, bâillement — disparaissent dès que le cadre est resserré.
La mise en scène répétée, les environnements inhabituels, les costumes, les flashs : autant de sources de stress potentiel pour des animaux dont le bien-être repose avant tout sur la prévisibilité et la sécurité de leur quotidien.
La frontière entre affection et exploitation
La majorité des propriétaires de chiens « influenceurs » aiment sincèrement leur animal — cela ne fait guère de doute. Charles Leclerc dit de Leo que c'est « la meilleure chose qui lui soit jamais arrivée ». Les créateurs derrière Malcolm the Akita ou Sons Wolf Pack partagent manifestement une relation forte avec leurs chiens.
Mais l'amour ne suffit pas toujours à garantir le bien-être. Un animal peut être aimé et surexposé. Choyé et sollicité au-delà de ses besoins. Mis en scène avec les meilleures intentions du monde dans des situations qui génèrent, en coulisses, une fatigue ou une anxiété invisible à l'écran.
La question n'est pas de suspecter les propriétaires de mauvaise foi, mais d'interroger un système qui récompense financièrement et symboliquement l'exposition de l'animal — sans jamais demander l'avis de ce dernier.
Alors que faire ?
Ces comptes touchent des centaines de milliers de personnes passionnées par les animaux, comme celui d'Aloka, le chien de la Marche pour la Paix. C'est une audience rare et une responsabilité réelle. Quelques stories sur les besoins réels d'un akita, un post sur l'adoption plutôt que l'achat, un message sur la stérilisation ou le bien-être, des présentations de chiens de refuge sur Instagram — le potentiel d'impact est considérable.
Certains créateurs s'y emploient déjà, à leur manière. Mais ils restent minoritaires dans un univers où l'esthétique du contenu prime souvent sur le fond. Transformer un chien en personnage, c'est facile. En faire un vecteur de sensibilisation, ça demande un peu plus d'effort — et beaucoup moins de costumes.
Si vous êtes fan de vidéos mignonnes sur Instagram, mais que le bien-être animal prime pour vous, peut-être serait-il intéressant de vous abonner uniquement aux comptes « safes » pour les animaux et de toujours vous poser la question « l’animal a-t-il pu souffrir de la situation ? » quand un réel démarre.