Feux de forêt et saison de la chasse : Notre rapport au vivant est plus que jamais interrogé

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Après les incendies de l'été 2026 dans le Var et à Fontainebleau, l'ouverture de la chasse suscite une profonde réflexion. Alors que la nature réclame des décennies pour guérir, la faune sauvage affaiblie doit déjà faire face aux fusils. Dans le cadre de nos missions de protection du vivant, nous interrogeons ce décalage criant entre nos rythmes humains et la sensibilité animale.

chevreuil vulnérable en forêt car son bien-être est en danger suite aux flammes et à l'ouverture de la chasse

Le temps de la nature face à l'impatience humaine

L’été 2026 a laissé des traces profondes dans nos forêts. Dans le Var, l'incendie du 19 juillet entre Taradeau et Les Arcs a ravagé près de 200 hectares. En Île-de-France, les feux de Fontainebleau ont parcouru plus de 2 000 hectares. Face à ces paysages carbonisés, une réalité scientifique saute aux yeux : le temps de la nature n'est pas celui des êtres humains.

Les forêts méditerranéennes possèdent pourtant une réelle résilience, c'est-à-dire une capacité naturelle à se reconstruire d'elles-mêmes après un traumatisme. Selon l'Office national des forêts (ONF), les buissons et les herbes recouvrent le sol en trois à cinq ans. Mais la reconstitution de l'écosystème entier — le réseau complexe qui relie la végétation, la terre et les animaux — est beaucoup plus lente. Pour retrouver des arbres majeurs de 10 à 20 mètres, il faudra patienter entre 70 et 100 ans. Dans certains massifs, jusqu'à 150 ans seront nécessaires pour retrouver le paysage d'origine.

Pourtant, malgré ces décennies de guérison nécessaires, l'ouverture de la chasse s’est déroulée dès le mois de septembre dans des départements durement touchés. Cette décision illustre un rapport biaisé au vivant.

Nous imposons des calendriers administratifs rigides à une nature en détresse, au lieu d'adapter nos pratiques à son rythme de régénération.

De la souffrance à l'épuisement : quelle éthique pour les animaux rescapés ?

Pour les animaux qui ont échappé aux incendies, le quotidien est une lutte pour la survie. La faune sauvage doit retrouver à la fois des abris et des zones de nourriture dans un milieu calciné. De plus, les mois de sécheresse ont rendu l'accès à l'eau très difficile. Comme l'explique Simon Chollet, écologue à l'Université de Rennes, la chasse impose des dépenses d'énergie mortelles à des animaux déjà épuisés. Par exemple, le manque d'eau regroupe les oiseaux aquatiques sur de rares points d'eau, ce qui les transforme en cibles faciles.

Ce constat remet en question nos principes éthiques fondamentaux. Défendre le monde animal exige de reconnaître la sensibilité de chaque être vivant. Qu'il soit domestique ou sauvage, un animal éprouve la peur, le stress et la souffrance physique. Traquer des individus rescapés d'une catastrophe climatique soulève un véritable problème moral.

Les conséquences touchent aussi la reproduction des espèces. Après les grands feux de 2022, la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) a constaté l'arrêt de la nidification chez certains oiseaux, c'est-à-dire l'incapacité de construire un nid pour couver leurs œufs. Julien Touroult, chercheur au Muséum national d'Histoire naturelle, résume ainsi le dilemme : « La question est celle de l’acceptabilité sociale : est-ce qu’on a envie de chasser des animaux qui ont déjà souffert ? ». La faune ne peut plus être considérée comme une simple ressource disponible au gré de nos envies.

Accorder du répit au sauvage : un devoir de protection indispensable pour l'avenir

Notre mission de secours envers les animaux vulnérables doit s'étendre naturellement à la faune sauvage. Pour l'instant, les scientifiques ne peuvent pas encore mesurer tous les dégâts des feux de 2026. Il faudra au moins un à deux ans pour évaluer les pertes réelles après le passage de l'hiver et de la prochaine saison de reproduction.

Face à ce manque de données précises, la seule réponse responsable est la précaution. Plusieurs associations demandent l'application d'un moratoire, c'est-à-dire une suspension temporaire et officielle de la chasse dans les secteurs incendiés. Cette démarche a déjà prouvé son efficacité : l’ONF a montré que deux ans de fermeture de la chasse sur la colline du Vaucluse ont permis aux lièvres, chevreuils et perdrix de revenir s'y installer. Un décalage de la saison permettrait aussi aux oiseaux migrateurs de quitter nos régions en paix.

Protéger efficacement la faune implique de transformer durablement nos mentalités. Si nous refusons d'offrir du répit aux animaux lors des années de crise écologique majeure, nous mettons en danger les générations futures. Prendre soin du vivant, c'est savoir faire silence pour laisser à la nature le seul remède irremplaçable : le temps.

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