Journée mondiale des animaux errants : et si la France suivait l'exemple des Pays-Bas ?
Chaque 4 avril, la Journée mondiale des animaux errants rappelle une triste réalité : en France, des dizaines de milliers de chiens et de chats vivent encore sans foyer. Aux Pays-Bas, un exploit inédit a été réalisé : le pays est devenu le premier au monde à ne plus avoir de chiens errants. Et tout cela sans euthanasie de masse, sans violence, uniquement grâce à des politiques publiques efficaces et à une mobilisation collective.
Un modèle qui repose sur quatre leviers
Le programme néerlandais, appelé CNVR (Collect, Neuter, Vaccinate, Return) est financé par l'Etat. Il permet de stériliser et de vacciner les chiens errants avant de les replacer en famille d'accueil ou de les proposer à l'adoption.
À cela s'ajoute une fiscalité dissuasive : une taxe élevée s'applique à l'achat de chiens de race en élevage, ce qui oriente naturellement les futurs propriétaires vers l'adoption en refuge.
L'abandon, lui, est traité comme un acte grave : il peut être sanctionné jusqu'à 16 000 € d'amende et trois ans d'emprisonnement. Une force de police dédiée aux animaux veille à l'application de ces règles.
Enfin, un effort éducatif sur le long terme a profondément transformé le rapport de la société néerlandaise à l'animal de compagnie. Le résultat est tel que les refuges du pays, désormais presque vides, accueillent des chiens venant d'autres pays européens.
Où en est la France ?
En France, la situation reste préoccupante. Chaque année, la SPA et les fourrières gèrent des dizaines de milliers d'animaux abandonnés — avec des pics traditionnels avant les vacances d'été.
Si la loi du 30 novembre 2021 a reconnu la sensibilité des animaux et renforcé certaines sanctions contre la maltraitance, les moyens alloués à son application restent limités.
Il n'existe pas de programme national de stérilisation financé par l'État et les refuges fonctionnent encore largement grâce aux dons et au bénévolat.
La stérilisation des chats errants est prise en charge par certaines communes, mais aucun dispositif équivalent n'est généralisé pour les chiens. Quant à la taxe sur les animaux de compagnie, le débat revient régulièrement sans jamais aboutir.
Ce que la France pourrait faire
Transposer le modèle néerlandais ne signifie pas le copier à l'identique, mais en retenir les principes structurants. Un programme national de stérilisation, même progressif, permettrait de s'attaquer à la source du problème plutôt qu'à ses conséquences. Plusieurs associations françaises le réclament depuis des années.
Une révision de la fiscalité liée à l'acquisition d'un animal pourrait également changer les comportements : orienter financièrement vers l'adoption plutôt que vers l'achat est une mesure peu coûteuse pour l'État, mais à fort impact symbolique et pratique.
Sur le volet répressif, la France dispose déjà d'un arsenal juridique — l'abandon est un délit passible de trois ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende — mais son application reste rare. Renforcer les contrôles, à l'image de la police animale néerlandaise, suppose une volonté politique et des effectifs dédiés.
Enfin, l'éducation reste le levier le moins coûteux et le plus durable. Le respect des animaux est entré dans les programmes scolaires depuis la rentrée 2024 en France. Ce dispositif pourrait être développé davantage avec l'objectif de modifier en profondeur les comportements sur le long terme.
Une question de volonté
L'exemple néerlandais démontre qu'éradiquer l'errance animale n'est pas une utopie. C'est un objectif atteignable, à condition de le traiter comme une priorité de politique publique — et non comme un sujet secondaire délégué aux seules associations.